Politique

La ville de Bossangoa en Centrafrique face aux vieux démons de la manipulation identitaire

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Bangui 20 février 2026 —(Les Echos d’Afrique): La récente polémique autour d’une déclaration attribuée à Francis Bozizé, appelant prétendument à une mobilisation ciblée de la communauté gbaya de Bossangoa, remet sur la table une question sensible mais essentielle pour l’avenir de la République centrafricaine. C’est celle de l’instrumentalisation de l’identité ethnique dans le combat politique.

La réaction des ressortissants de Bossangoa, exprimée publiquement par Kevin Sosthène Kpefio, dépasse la simple dénonciation d’un acteur politique. Elle révèle surtout une fatigue collective face aux cycles répétitifs de manipulation communautaire qui ont trop souvent plongé le pays dans la violence et la fragmentation sociale. L’histoire nationale a démontré à plusieurs reprises que lorsque la politique se nourrit de l’ethnie, c’est la nation tout entière qui en paie le prix.

L’appel à une mobilisation fondée sur l’appartenance communautaire ne relève pas du débat démocratique normal. Il s’inscrit dans une logique dangereuse de polarisation identitaire, incompatible avec l’idéal républicain. Une opposition politique crédible se construit sur des idées, des programmes et des propositions de gouvernance, non sur l’exploitation des appartenances ethniques ou régionales.

Il faut aussi rappeler une évidence souvent ignorée dans les discours politiques. Bossangoa n’appartient pas à une seule communauté. Cette ville, comme la nation centrafricaine elle-même, s’est construite dans la diversité et la coexistence. Réduire un peuple à une identité locale ou ethnique revient non seulement à déformer la réalité sociologique, mais aussi à semer les germes d’une division inutile.

Dans un contexte national encore marqué par des fragilités sécuritaires et économiques, la responsabilité des leaders politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, devrait être de consolider l’unité nationale plutôt que de raviver les fractures du passé. La mémoire collective des crises, des victimes et des destructions impose un devoir de prudence et de maturité politique.

Le soutien exprimé dans la déclaration aux institutions et aux initiatives de paix portées par le président Faustin Archange Touadéra traduit aussi une réalité politique. Une partie importante de la population aspire avant tout à la stabilité, à la sécurité et au développement. Après des décennies de turbulences, la priorité des citoyens n’est plus la conquête du pouvoir par confrontation, mais l’amélioration concrète des conditions de vie.

L’enjeu dépasse donc largement la polémique du moment. Il concerne la capacité de la classe politique centrafricaine à sortir définitivement des réflexes identitaires pour entrer dans une culture démocratique moderne. Une démocratie solide ne peut se construire sur des appartenances ethniques mobilisées comme des instruments politiques. Elle se construit sur la citoyenneté, l’égalité devant la loi et la confiance dans les institutions.

Bossangoa, à travers cette réaction, envoie finalement un message qui mérite d’être entendu au-delà de ses frontières : l’avenir ne peut pas être bâti sur les divisions d’hier. Il doit se construire sur l’unité, la responsabilité collective et la volonté commune de tourner définitivement la page des crises.

Car au-delà des ambitions personnelles et des rivalités politiques du clan Bozizé, une vérité est qu’aucune cause ne mérite de sacrifier encore la cohésion nationale centrafricaine.

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